Chikungunya : le HCSP élargit ses recommandations de vaccination
Alors que la France fait face à un risque de plus en plus élevé d’arboviroses, le Haut Conseil de la santé publique recommande dans son nouvel avis la vaccination contre le chikungunya chez les voyageurs de plus de 12 ans.
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), dans son avis aux professionnels de santé sur la vaccination des voyageurs publié début juillet, recommande la vaccination contre le chikungunya chez les personnes de plus de 12 ans, porteuses ou non de comorbidités, pour les séjours en zone épidémique quelle qu’en soit la durée, et pour les séjours de plus d’un mois en zone endémique (1). Une évolution majeure qui intervient alors que la France fait face à un changement d’échelle du risque lié aux arboviroses, illustré par l’épidémie à La Réunion en 2024-2025, et la progression de celle en Guyane. Les données de Santé Publique France soulignent qu’en 2025 la France hexagonale a enregistré 2 398 cas importés et 809 cas autochtones de chikungunya, un record inédit depuis la mise en place en 2006 du dispositif de surveillance renforcée. Lors d’une conférence organisée par le laboratoire Valneva le 23 juin dernier autour des arboviroses, les intervenants ont décrit un basculement épidémiologique qui oblige à repenser les politiques publiques. Xavier Deparis, directeur de la Veille, de la Sécurité Sanitaire, Santé et Milieux de vie de l’ARS de La Réunion (en poste lors de l’épidémie de 2024-2025), a chiffré à près de 450 000 le nombre d’habitants qui auraient contracté la maladie, soit près de la moitié de la population locale, avec plus d’une centaine de formes sévères et 45 décès. Un regret partagé durant cette crise : l’arrivée tardive des vaccins, fin mars 2025, alors que l’épidémie était déjà largement engagée. Selon Xavier Deparis, si les vaccins avaient été disponibles dès l’automne précédent, une stratégie d’immunisation ciblée autour des foyers épidémiques aurait pu être envisagée. « Aussi, le nombre limité de doses nous a contraint à cibler les personnes âgées fragiles, avec les effets indésirables qui s’en sont suivis. Une couverture vaccinale de 45 % de la population aurait permis de stopper la dynamique épidémique », a-t-il estimé.
Une place accrue pour la vaccination
L’une des principales nouveautés de l’édition 2026 des recommandations du HCSP est l’intégration des deux vaccins désormais disponibles en Europe : le vaccin vivant atténué Ixchiq® de Valneva, et le vaccin à pseudo-particules virales Vimkunya® de Bavarian Nordic. Les experts prennent acte des données récentes de pharmacovigilance concernant Ixchiq® : le vaccin de Valneva n’est plus recommandé chez les personnes de plus de 65 ans et demeure contre-indiqué chez les patients immunodéprimés. À l’inverse, Vimkunya® est recommandé y compris chez les seniors. Cette évolution rejoint les conclusions du comité de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne du médicament, qui a demandé en juin 2026 de restreindre l’utilisation d’Ixchiq® aux personnes présentant un risque élevé d’infection par le chikungunya, après l’analyse de plusieurs événements indésirables graves.
Si elles figurent dans les recommandations sanitaires aux voyageurs, ces nouvelles préconisations traduisent surtout une prise de conscience des autorités sanitaires : les arboviroses ne peuvent plus être considérées comme de simples maladies d’importation. Les autorités sanitaires documentent désormais une circulation accrue des arboviroses, portée par l’expansion du moustique-tigre et les effets du changement climatique. Brigitte Autran, ancienne présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS), a rappelé que le chikungunya figure désormais parmi les menaces sanitaires prioritaires identifiées dans plusieurs travaux prospectifs sur les situations sanitaires exceptionnelles (SSE). Dans ce contexte, la prévention vaccinale prend une place nouvelle.
Une réalité sanitaire nationale
« Longtemps touché par des cas de chikungunya importés, l’Hexagone a été confronté à plus de 800 cas autochtones en 2025, soit 20 fois plus que sur l’ensemble de la période 2010-2024, a souligné Charles de Froment, président et fondateur du cabinet de conseil Pergamon, organisateur de la rencontre. Nous sommes dans une nouvelle ère du point de vue du risque ».
« Le jour où l’épidémie arrivera en Europe, les hôpitaux seront surpris par la densité des symptômes et le nombre de cas », a averti Xavier Deparis. Dans ses recommandations, le HCSP rappelle que près d’un tiers des patients présenteront une phase chronique, caractérisée par des symptômes persistant au-delà de trois mois, avec des manifestations articulaires et un impact marqué sur la qualité de vie, la santé mentale et l’activité professionnelle. À La Réunion, ces conséquences sont déjà observées. Émilie Mosnier, infectiologue et chercheuse en épidémiologie santé publique au CHU de La Réunion, évoque les séquelles articulaires, cardiovasculaires et psychologiques qui continuent à peser sur le système de soins plusieurs mois après l’épidémie. « L’impact sociétal est majeur », a-t-elle souligné, appelant au développement d’études de vie réelle afin de mieux documenter ces formes chroniques. « Mais également des études sur l’acceptabilité vaccinale, avec des données qui permettront de construire l’information, dénouer les infodémies et mieux communiquer auprès des populations », plaide-t-elle. Alors que le moustique-tigre s’est implanté dans la majorité des départements français et que les cas autochtones se multiplient, le chikungunya n’apparaît plus seulement comme un risque pour les voyageurs, mais comme un enjeu émergent de santé publique.
Juliette Badina
(1) Zone de circulation active du virus chikungunya dans les 12 mois précédents




